Travailler En Inde

Le blog d’une française travaillant en Inde
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Une journée de travail ordinaire en Inde

travaillereninde.com | 8 mai 2008

PREAMBULE

Je passe une nuit blanche. Pourquoi?

En bas de chez moi (soit juste en bas de la fenêtre de ma chambre), mes amis les Indiens fêtent un mariage. Jusque là, tout va bien.

Des enfants qui jouent, qui crient, des gens qui parlent et qui rient. Jusque là tout va bien.

A minuit, ils sortent le tambour, commencent à chanter des chansons et à les rythmer en tapant sur le fameux tambour. Là, rien ne va plus. Lorsqu’on vit en Inde, on apprend à vivre avec Mr.Bruit et c’est vrai qu’au bout de 8 mois, je me suis faite aux klaxons, moteur de motos, pot d’échappement des rickshaws, des vendeurs de fruits et légumes qui crient tôt le matin pour vous prévenir qu’ils sont là, des gens qui parlent, des chansons bollywood ici et là…etc. Mais là, le tambour a été un bruit non identifié par mon cerveau et il résonnait dans ma tête comme si on me frappait sur la tête avec un marteau.

Solution n°1 : je suis une guerrière, je fais finir par m’habituer, no problem => au bout de 20 mns, c’est officiel, c’est un échec.

Solution n°2 : des boules quiès, j’ai essayé tant bien que mal, Bruit est plus fort que moi => au bout de 30 mns, c’est officiel, c’est un échec.

Pause et période d’interrogations : je ne vais quand même pas descendre, gueuler et gâcher leur fête….ou sinon je pourrais descendre en pyjama avec mes cheveux en pétards et mes cernes, m’installer gentiment auprès d’eux et taper des mains comme si je me joignais à eux (euh non, finalement ça fait trop psychopathe)……me déguiser en gorille pour leur faire peur (euh non non pire…)….(durée de la réflexion : 30 mns).

Solution n°3 : je prends mon oreiller et mon drap, je m’installe dans le salon, rien à faire Bruit
réussit à s’inviter dans mon salon => au bout de 30 mns, c’est officiel, c’est un échec.

Moralité : il y a des fois, il ne faut pas chercher à lutter…

MATINEE

Première chose le matin, pour des raisons trop longues à expliquer, je dois déposer de l’argent sur le compte d’une de nos vendeuses qui se trouvent dans une autre ville. Comme A. est en congé (vous vous rappelez, il est au mariage de son beau-frère), je m’occupe de le faire.

Le service et l’atmosphère d’une banque en Inde est pire que ceux d’une prison : plus froid, plus bordel, plus compliqué….dur de trouver.

Je me retrouve donc au State Bank of India (banque dans laquelle la dite vendeuse détient un compte). Je remplis le petit papier, je fais la queue pendant une heure pour qu’ensuite on me dise : “no mam, this account is not in our bank, impossible”. Moi, j’ai pris l’habitude de gueuler quand je n’obtiens pas quelque chose, je réponds : “what???not possible….see what is written on my paper!!!!see, see!!…….euh….hummmm….euh…..Central Bank of India….”. Oui bon, on a le droit de se tromper (je vous rappelle que j’ai passé une nuit blanche).

Moralité : arrêter d’être sur la défensive pour rien

Je repasse par le bureau pour chercher sur internet l’adresse de la banque puis je fais passer un entretien (oui, oui, je recrute toujours). L’entretien ne se passe pas trop mal.

Une de mes collaboratrices et moi-même partons pour une virée dans la ville ponctuée de plusieurs rendez-vous

APRES MIDI

Avant de se rendre à nos rendez-vous, nous partons en expédition à la recherche de Central Bank of India, et évidement, nous mettons 30 mns à trouver (est-ce que je vous ai dit que j’étais extrêmement impatiente de nature?). Nous arrivons à la banque, remplissons le petit papier, déposons l’argent et revenons à la voiture.

Catastrophe : le sac de ma collaboratrice a disparu. Je crie sur le chauffeur : “you are responsible for all the goods that are inside the car!!!!”…il me répond : “yes mam but I just went to buy a bottle of water”….moi :”and you left the doors open, very smart!!!”. Nous demandons à tous les gens ici et là, personne n’a évidement rien vu.

Inventaire de la perte : un portable, un appareil photo, des clés d’appartement, des documents super importants du bureau.

Décision : nous partons pour déposer une plainte à la police.

The police station :

Nous : “We want to write a complaint, we got stolen”

Policeman : “But how?”, nous expliquons.

P : “No, but it is your fault if you got stolen so we cannot write a complaint”, est ce qu’il est en train de nous dire que parceque nous avons laissé la voiture ouverte, l’acte n’est plus considéré comme un vol et les voleurs ne sont plus des voleurs??Nous commençons à péter un câble et demandons une investigation.

P : “OK if you want to write a complaint but for me, your driver is the major suspect, I will only investigate on him”. Je vois mon chauffeur pâlir. Cela fait 8 mois qu’il travaille pour nous, il a été irréprochable et sur ce coup là, il se sent déjà énormément coupable.

Moi : “OK, no, no, no, we leave”….P : “Why?” et j’invente : “We will go to my French Embassy” (c’est la seule excuse que j’ai trouvée pour nous éclipser).

P rentre dans une panique, nous prend tout de suite. Pendant qu’il nous fait la conversation la morale, il fait dicter une lettre à mon chauffeur. Je ne m’en rends pas compte au début mais quand je vois mon chauffeur écrire un papier, je me lève et je vais voir. Je pète un câble, il lui a fait écrire que moi (et non ma collaboratrice) s’est fait voler un portable et des documents…..non mais pourquoi on met mon nom, pourquoi c’est le chauffeur qui remplit et signe???P rentre en panique, prends le papier et le déchire devant moi. Il sort une feuille blanche et demande à ma collaboratrice d’écrire (il lui dicte sa plainte….oui, oui, du grand n’importe quoi). Au final, le vol est devenu : “I undersigned XX, was doing some work at XX and unfortunately I lost my mobile”, lorsque nous râlons, il nous dit qu’il vaut mieux mentir pour obtenir une nouvelle carte sim au plus vite. Nous ne discutons plus, nous voulons juste partir au plus vite.

Avant de quitter le commissariat, P. me demande mon nom. Je lui donne et il l’écrit sur un bout de papier en marquand “friend” à côté. Je lui demande “why you wrote my name?what it this for?”. P panique encore (je dois faire pas mal peur quand je suis énervée), et me dis que c’est juste pour se souvenir qui accompagnait celle qui a déposé plainte puis il déchire le papier devant moi.

………..

Moralité : ne pas chercher à comprendre….

Le reste de l’après-midi se déroule tranquillement.

Petite anecdote : une de mes vendeuses, à qui nous avions envoyé son chèque de salaire, nous appelle pour nous demander ce qu’il fallait qu’elle fasse de l’enveloppe (la jetter?la garder?décision trop dure à prendre)…….oui, nos vendeurs s’en remettent à nous pour toutes les petites et grandes décisions de leurs vies. La semaine dernière, une autre vendeuse nous appelle pour demander si elle peut participer à une compétition de danse…mais je ne comprends pas, c’est pendant les horaires de travail?…..non,non…..bah oui, tu fais ce que tu veux hors de tes horaires de travail…non,non j’ai besoin de votre autorisation…….assez déroutant hein?

La journée se termine à 21h, je n’ai pas dormi, je suis épuisée. Par chance, pas de mariage ce soir.

Conclusion de la journée : Ne vous inquiétez, toutes les journées de travail ne ressemblent pas à celle là, je pense que je classerai cette journée dans le top five des journées “pétage de câble”, rassurez vous, il existe des journées beaucoup moins cahotiques, et heureusement!

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L’office boy

travaillereninde.com | 7 mai 2008

Dans toutes les entreprises en Inde, il y a un office boy. Il s’agit en général d’une personne issue d’un milieu pauvre, et dont le rôle est de faire toutes les petites taches du bureau.

Chez nous l’office boy est B. C’est le premier à arriver le matin, il fait le ménage avant que tout le monde arrive et au fur et a mesure que les gens s’installent à leur bureau, il apporte le café.

Pour le bureau, il s’occupe de :

- acheter des bricoles : ciseaux, colle

- faire des photocopies de présentations chez des imprimeurs

- faire des livraisons de lettres/paquet OU aller récupérer des documents

B. ne parle pas beaucoup mais est extrêmement impliqué et fidèle. Je me rappelle de la fois où on faisait un point sur les comptes de la boîte et A. (mon comptable) était submergé. B. a donc donne un coup de main en faisant de petits calculs et il était trop épanoui.

Il est tout excité quand on lui donne une nouvelle responsabilité : répondre au téléphone, regarder les factures, s’occuper d’engueuler le livreur de journaux.

Quand j’y pense, B. est un pilier de l’entreprise : il a les clés de la boîte, il connaît toutes les habitudes des uns et des autres, il est l’interlocuteur direct de l’ensemble de nos fournisseurs, il est capable de nous dire où exactement se trouvent tous les dossiers de l’entreprise depuis sa création. Sans lui l’entreprise est au ralenti et nous l’avons bien vu quand il est parti pour 2 semaines de vacances dans son village. Jamais n’avons nous vécu une plus grosse galère.

Alors voila, petit article hommage a B.

Pour information, salaire de B. : 5000 roupies/mois

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Le management en Inde

travaillereninde.com | 6 mai 2008

Aujourd’hui une étudiante m’a interviewé sur le management interculturel ou comment gérer les différences culturelles en Inde.

Je me souviens encore de ma première semaine ici, il y avait une festivité hindoue et mon comptable a béni toutes les machines (imprimante, air conditionné, téléphone, ordinateur) par un point rouge. Bienvenue en Inde, le pays de la diversité des religions et traditions.

Si je devais expliquer mon expérience de management en Inde, je la diviserai en 2 parties :

- les difficultés

- les avantages

1) LES DIFFICULTES

a) Religions&traditions VS priorités du bureau

Au bureau, le plus dur est de trouver le bon équilibre entre le respect des religions et traditions et le rappel des priorités du bureau.

Par exemple, c’est une évidence pour un indien d’avoir le droit à des vacances ou des jours de congé s’il y a un mariage dans leur famille, s’il y a une visite de la famille, s’il y a quelqu’un de malade dans la famille (meme éloignée). C’est pareil en France me direz vous, pas tout a fait, la demarche n’est pas la même. En France, on pose ses jours à l’avance, ici on m’informe qu’on ne sera pas là pendant XX jours.

Exemples :

- mon comptable m’informe 4 jours avant de partir qu’il se rend au mariage de son beau-frère pour 2 semaines. Je me retrouve un peu dos au mur, c’est difficile de dire non et gâcher l’ambiance festive de sa famille.

- Une des filles de l’équipe m’informe par telephone qu’elle ne sera pas la pendant 2 jours parcequ’elle doit s’occuper de l’inscription scolaire de son fils.

- Une autre fille de l’equipe m’informe qu’elle part pour 2 semaines dans le nord de l’Inde pour voir le grand père de son mari qui est malade.

Alors voila, la famille est sacrée ici et c’est dur de toucher à la base de la culture indienne.

b)Décision unilatérale

Une autre difficulté à laquelle j’ai dû faire face se resume à cette anecdote :

Comme nous sommes nouveaux sur le marché, nous devons trouver des idées marketing pour pouvoir avoir la meilleure visibilité et le meilleur “appeal” possible aupres du public. J’organise donc une réunion “brainstorming” qui consiste à dire toutes les idées qui passent par la tête (quitte à dire des bêtises) pour au final arriver à des projets cohérents à mettre en place immédiatement. Nous nous retrouvons donc autour d’une table, la timidité s’étant invitée a la table, je commence à donner des idées en vrac. Je me retrouve face à des gens qui n’ont aucun avis, aucun désaccord, aucune nouvelle idée. Au bout de 10 minutes, la reunion est ajournée. C’etait la première et la dernière reunion brainstorming que j’ai effectuée.

En somme, les indiens sont très loyaux et obeissants, ils font très bien le travail qui leur est assigné mais lorsqu’ils doivent sortir du cadre de leur tâche, ils ne savent pas faire (ou même s’ils savent faire, ils ne veulent pas le faire).

La prise de décision est unilatérale : je suis leur supérieur, je décide et eux éxecutent. Bon, je ne cache pas qu’il y a des avantages à ne pas avoir d’employés qui viennent en furie au bureau pour parler de leur mécontentement, de leur désaccord etc. Mais, c’est dur de prendre des décisions sans avoir d’avis extérieur.

c) En dehors du bureau

En dehors du bureau, nous sommes en contact avec des partenaires, des prestataires de services, des fournisseurs. Ce que j’ai appris, c’est que :

- il n’y a pas de respect de planning, il faut toujours voir plus large que prévu intialement

- rien ne s’obtient sans une bonne gueulante

- les indiens disent toujours oui : même quand ils ne savent pas, même s’ils ne sont pas sûrs. Il faut toujours revérifier que l’information est bien passée.

- les indiens sont des affectifs : meme lorsqu’on s’éverve sur un indien, il faut toujours se réconcilier avec. Toute critique est prise personnellement, il faut donc être très prudent et diplomatique dans ses relations.

2) LES AVANTAGES

a)Les indiens sont sensibles

Une population très sensible c’est aussi un véritable bonheur. Les valeurs telles que la loyauté la fidelité, l’engagement ou encore considérer l’entreprise comme sa propre famille sont extrêmement communes en Inde. Et réciproquement, les patrons sont invités et informés de tout évenement familial mineur ou majeur.

Les vendeurs de nos magasins illustrent mieux que personne ces valeurs. Je mets un point d’honneur à ne pas considérer mes vendeurs comme des pions et suis très attentives à leur vie personnelle. Même si cela ne représente a priori pas grand chose, pour eux ce sont de vrais gestes de générosite. J’ai été contrainte de renvoyer un de nos vendeurs parcequ’il avait des problèmes de discipline (il s’est disputé avec un floor manager). Celui-ci est reste un mois sans travailler (ce qui, pour un jeune homme dont le salaire nourrit toute la famille, est énorme). Il n’a pas repris d’autre boulot en espérant que je le reprendrai dans un autre magasin. Au bout d’un mois et demi, il attendait toujours que je le reprenne et quand je lui demandais pourquoi il voulait absolument travailler pour notre boîte, il me répond: “parceque j’aime l’entreprise”.

b) Une solution pour tout

En Inde, il y a 2 façons de faire les choses :

- la bonne voie, “the right way”

- la voie parallèle, “the Indian way”

Face à n’importe quelle difficulté, les indiens ont TOUJOURS une solution. C’est le pays du NO PROBLEM.

Vous n’arrivez pas à avoir l’autorisation de louer un espace (parceque la municipalité l’interdit), vous pouvez quand meme vous débrouiller pour avoir l’autorisation. No problem.

Vous devez faire fabriquer un comptoir mais n’avez qu’un budget limité, pas de problème, vous pouvez avoir un comptoir avec des matériaux de qualité sans dépenser beaucoup d’argent. No problem.

Vous n’avez qu’une semaine pour organiser un événement et faire des impressions, fabriquer de la décoration, les indiens savent travailler dans l’urgence (et donc même la nuit) facturé au meme prix. No problem.

Je ne commenterai pas plus cette partie et je sais que vous vous dites certainement que je devrais avoir honte de recourir a ces méthodes immorales mais je vous promets qu’ici c’est banal et largement accepté. Et si jamais une personne ne veut utiliser que le “right way”, elle avance 10 fois moins vite que les autres. Apres tout, business is business.

c) Respect des femmes

Enfin, je tiens à insister sur un point important du travail en Inde : je suis une jeune fille et j’ai affaire à des hommes au quotidien. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, je n’ai jamais eu aucune remarque machiste ou irrespectueuse. La culture indienne respecte la femme et ses compétences. D’après un article de Times datant d’il y a quelques mois, l’Inde fait parti des pays dans lequel il y a le plus de femmes chef d’entreprise.

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